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Ce que la science ne sait pas

La science mesure le sommeil et la conscience toujours mieux, de l'extérieur. Mais une question reste ouverte, peut-être pour toujours : pourquoi y a-t-il un dedans ? Et au volant ce dedans est une obscurité qu'aucun capteur ne voit.

Publié: 19.07.2026
Publié· couverture dédiée à venir

La science a beaucoup appris sur le sommeil et la conscience : elle les mesure, les cartographie, les prévoit. Mais il est une question à laquelle elle n'a pas répondu, et peut-être ne répondra jamais : pourquoi y a-t-il un dedans ? Pourquoi toute cette activité du cerveau s'accompagne-t-elle de quelque chose qui se ressent ?

Ce que la science sait faire, elle le fait bien. Avec une brève impulsion magnétique et l'EEG, on obtient un indice de la conscience, élevé à l'éveil et en rêve, bas dans le sommeil profond (Casali et coll., 2013). On mesure le niveau de l'extérieur, on cartographie les corrélats, on prévoit les états. Un progrès réel, et non des moindres.

Mais un saut demeure, qui ne se comble pas. Mesurer les corrélats n'est pas expliquer l'expérience. Pourquoi cette activité devrait-elle s'accompagner d'un vécu, plutôt que de rien ? David Chalmers l'a nommé le problème difficile : les problèmes faciles - comment le cerveau traite, prête attention, rapporte - sont ardus mais abordables ; le difficile est pourquoi il y a une expérience (Chalmers, 1995).

ignoramus et ignorabimus

latin · Emil du Bois-Reymond, 1872

"nous ne savons pas et nous ne saurons pas." Le physiologiste le dit des limites de la science de la nature, précisément à propos de la conscience. Un siècle et demi plus tard, la question est toujours là.

Thomas Nagel en a fait une image. Même avec la description physique complète du cerveau d'une chauve-souris, nous ne saurions pas ce que c'est que d'être une chauve-souris : le caractère subjectif de l'expérience échappe au récit objectif (Nagel, 1974). Le dedans ne s'atteint que du dedans.

Ce n'est pas une reddition, c'est une honnêteté. Une science qui connaît ses bords est plus fiable qu'une science qui promet trop. Nous racontons la science, et aussi là où elle s'arrête.

Et la route ? La somnolence, nous la mesurons de l'extérieur : temps de réaction, EEG, le rythme circadien, les biomarqueurs. Des choses vraies et utiles. Mais l'instant vécu où un conducteur glisse dans le sommeil est une obscurité à la première personne qu'aucun capteur ne voit de l'extérieur. Les instruments peuvent dire "le risque est élevé" ; ils ne peuvent pas être dans la seconde où le monde s'éteint. C'est pourquoi se remarquer compte, et pourquoi la prévention vient avant la persécution : ce seuil, à la fin, se franchit seul.

Le sommeil, nous le mesurons de dehors. L'instant qui te prend, non.

Cette frontière, une seule personne la franchit, et aucun instrument n'est en elle.

La carte honnête a un bord. Sur la route, ce bord est justement là où commence le soin.

Sources

Chalmers DJ. Facing up to the problem of consciousness. Journal of Consciousness Studies 2(3):200-219, 1995.

Nagel T. What is it like to be a bat? The Philosophical Review 83(4):435-450, 1974. DOI 10.2307/2183914.

Casali AG et al. A theoretically based index of consciousness independent of sensory processing and behavior. Science Translational Medicine 5:198ra105, 2013. DOI 10.1126/scitranslmed.3006294.

Emil du Bois-Reymond, Über die Grenzen des Naturerkennens, 1872 ("ignoramus et ignorabimus"). Texte historique.

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