Drive Awake · Perspectives · Culture
Nyepi, la culture de la veille et une question pour la sécurité routière.
Article · culture
Le 20 août 2026, le tribunal de district de Denpasar a condamné à un an de prison un citoyen suisse de 26 ans. Pendant le Nyepi de mars, le Jour du Silence balinais, il était sorti de son logement, avait rejoint une plage et publié sur Instagram des vidéos qualifiant la tradition de « crazy », avec un ajout vulgaire. Au procès, il s'est excusé : il ne voulait insulter personne, a-t-il dit ; il avait faim et n'avait pas entièrement compris les restrictions. Le juge a répondu que ces gestes avaient blessé la foi d'un peuple. La condamnation repose sur l'article 301 du nouveau code pénal indonésien, qui protège le sentiment religieux.
Pour comprendre la sentence, il faut comprendre le jour. Nyepi ouvre la nouvelle année du calendrier lunaire Saka et s'organise autour de quatre abstentions, le Catur Brata Penyepian : pas de feu ni de lumière, pas de travail, pas de divertissements - et amati lelungan, pas de déplacements. Pendant vingt-quatre heures, une île entière s'immobilise. Les routes se vident, l'aéroport ferme, la nuit redevient sombre. Ce n'est pas un long dimanche : c'est un acte collectif de silence et d'introspection, surveillé et partagé.
Vu de l'extérieur, un jour où l'on ne peut pas sortir peut ressembler à une simple privation. C'est là que l'affaire cesse d'être un fait divers et devient une question : sur les mêmes routes cohabitent des grammaires du temps différentes, et ce qui est sacré pour une culture peut rester incompréhensible pour une autre. Inutile de ridiculiser un touriste ou d'idéaliser une île. Ce qui compte, c'est de voir la distance.
Car cette distance nous concerne aussi. Nos sociétés ont construit tout un arsenal pour ne pas s'arrêter : caféine, boissons énergisantes, horaires, notifications, systèmes d'assistance qui veillent à notre place quand la vigilance baisse. Presque tout ce que nous inventons autour de la fatigue sert à continuer. À Bali, au moins un jour par an, une communauté entière considère le contraire comme légitime - et même nécessaire.
Ce que cela nous dit
Drive Awake s'occupe de la somnolence au volant, et la somnolence n'est pas seulement de la physiologie : elle contient une décision. Qui a sommeil au volant le sait souvent - et continue quand même, parce qu'il faut arriver, livrer, finir le service, ne pas perdre de temps. Le besoin de dormir est universel ; la manière dont nous organisons sommeil et veille, et la légitimité que nous donnons à l'arrêt, est largement culturelle. L'anthropologie du sommeil le documente depuis des décennies : les horaires changent, les lieux changent, les formes changent - et aussi ce qu'une société vous permet de dire : « maintenant, je m'arrête ».
Nyepi n'est pas une mesure de sécurité routière et nous n'allons pas le déguiser en prévention : le lien est culturel, pas scientifique. Mais quand l'île rallume ses lumières et que les routes se remplissent à nouveau, la question demeure, et elle vaut aussi sur l'A2 : si s'arrêter était une valeur, et non une défaite, combien continueraient quand même ?
Euronews/AP, 20.08.2026 (jugement du tribunal de district de Denpasar).
ABC News, août 2026 (compte rendu du procès).
The Bali Times, août 2026 (base juridique : art. 301 al. 1 du nouveau code pénal indonésien).
I D.P. Sutjana, Cultural Approach to Reduced Traffic Accident in Bali, Université Udayana, actes APOSHO 2005 (contexte culturel).